Oct 1, 2019 | 0 commentaires

Êtes-vous un « successful zombie »​?

Le succès scolaire, puis professionnel et la reconnaissance sociale ne prédisposent pas à se poser de bonne heure certaines questions essentielles. Gare au vide existentiel! Il est heureusement possible d’anticiper, et de s’épargner une « midlife crisis » douloureuse.

La vie en pilotage automatique

Quand j’étais au lycée, les élèves qui allaient voir ce qui s’appelait alors un conseiller d’orientation étaient essentiellement ceux qui étaient en échec scolaire. Si cela se passait bien pour vous à l’école, a fortiori quand vous étiez en tête de classe, il semblait être urgent de ne surtout pas vous demander ce que vous vouliez faire de votre vie. D’où un choix d’orientation professionnelle et de métier souvent par défaut, en fait un non-choix correspondant généralement à la représentation du succès dans la famille de ces bons élèves: par exemple médecine, ingénieur, droit ou prépa HEC selon les cas. 

Exemple de message professoral ou parental : « Tu ne sais pas ce que tu veux faire? Pas de souci, fait une grande école et cela t’ouvrira un maximum de portes». Encore faut-il savoir le moment venu quelles portes on aimerait éventuellement ouvrir!

Ce type de mode de fonctionnement existe bien sûr toujours aujourd’hui et peut se poursuivre bien après la fin des études, d’autant plus quand succès, argent, pouvoir et reconnaissance sociale sont au rendez-vous, en particulier chez les dirigeants et cadres supérieurs. Concrètement, cela peut prendre la forme d’une carrière construite en se contentant de dire « oui » de manière assez passive à des opportunités ou des propositions faites par autrui (famille, hiérarchie ou chasseurs de têtes), c’est à dire en laissant dans une large mesure notre environnement décider à notre place. Et à continuer à être un bon élève.

Jusqu’à un certain point, cette stratégie par défaut peut être tout à fait saine : savoir s’adapter aux autres (à leurs valeurs et à ce qu’on imagine être leurs attentes), savoir saisir des opportunités et avoir le goût de la réussite et de la compétition sont évidemment des atouts lorsqu’il s’agit de se faire une (bonne) place dans la société, en particulier sur le plan professionnel. Or se faire une place dans la société, sur le plan professionnel, familial comme amical, est la première préoccupation de tout jeune adulte. 

Cette stratégie répond ainsi à un principe de réalité : les hiérarchies existent dans toutes les sociétés, humaines comme animales, dont les membres ont besoin de coopérer, et ce depuis des centaines de millions d’années, comme le souligne le psychologue Jordan Peterson (1). Alors autant se donner les moyens d’en grimper quelques échelons. 

De « se faire une place » à « trouver sa place »

Les difficultés surviennent lorsque ce moteur de la réussite, de la conformité et de la reconnaissance sociale demeure l’unique boussole de vie. D’une part parce que cette course à la performance est sans fin : il y a toujours une montagne derrière la montagne qu’on vient de gravir, et à l’ère des réseaux sociaux qui exacerbent les comparaisons, il y a toujours un collègue, un ami ou un voisin qui gagne plus d’argent, a une plus belle maison ou part en vacances plus loin que nous!

D’autre part parce que l’angoisse, l’ennui, un cynisme latent ou une déprime sourde sont souvent les compagnons de route de ce qui peut devenir une boulimie absurde, assouvie par des comportements égotiques.

Derrière ces sentiments se cachent deux des peurs existentielles fondamentales de tout être humain, identifiées par le thérapeute et auteur américain Irvin Yalom (2) :

– la peur de la solitude (ou de l’exclusion de son milieu social, de la perte ou du manque d’amour), qui est à la racine de la peur de perdre, du sentiment d’insécurité ou encore des addictions;

– l’angoisse devant l’absence de sens : l’ennui et le vide intérieur du « successful zombie », qui ne sait dans le fond ni qui il est ni où il va.

« Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour où vous êtes né et celui où vous découvrez pourquoi. » (Mark Twain) (3)

Un changement de logique intime et d’échelle de valeurs survient chez beaucoup de personnes que j’accompagne à l’occasion d’un grave accident de parcours : licenciement brutal, burn-out ou maladie, deuil, divorce ou autre drame personnel. C’est dans l’épreuve, confronté à notre vulnérabilité et à notre finitude, que surgissent soudain enfin des questions fondamentales telles que : « pourquoi suis-je sur terre? », «qu’est-ce qui est essentiel pour moi et donne du sens à ma vie?». Il ne s’agit d’un coup plus de se comparer aux autres mais de trouver et d’incarner sa mission de vie, sa raison d’être professionnelle.

Parce que cette transformation survient souvent entre 40 et 50 ans, ce phénomène est souvent appelé « crise du milieu de vie » (midlife crisis).

Or il s’agit d’une dénomination trompeuse.

 

Prenez la responsabilité de votre vie, maintenant!

D’abord parce qu’il ne s’agit pas nécessairement de « crises », nous pouvons les amortir en «transitions» (4). Il ne s’agit pas obligatoirement non plus d’une rupture radicale dans sa vie, mais de deux logiques qu’il faut apprendre à faire co-exister.

Et puis, pourquoi attendre une épreuve douloureuse à l’âge de 40 ou 50 ans pour mener une vie plus épanouie et riche de sens? N’est-il pas possible d’anticiper, de gagner du temps et de s’épargner de la souffrance? Les « millenials », dont le besoin de sens au travail est souvent très développé dès le plus jeune âge, semblent nous dire que si.

Depuis Viktor Frankl (5), de nombreuses approches ont été développées pour partir à la découverte de notre boussole intérieure, de notre raison d’être, de nos convictions et valeurs personnelles profondes. Ces vingt dernières années, on peut citer Jean Monbourquette (A chacun sa mission), Bill George (Find your true north) ou Simon Sinek (Find your why), sans oublier l’Ikigai.

Malgré la puissance de ces différentes méthodes, il peut être clé de se faire accompagner : pour combiner introspection et feedback et découvrir ses propres angles morts, pour parvenir à sortir de certains scénarios de vie toxiques… 

Enfin, pour un dirigeant, cette boussole intérieure est une étape décisive vers un leadership plus authentique. La mise en cohérence au quotidien de sa posture de dirigeant avec ses valeurs personnelles profondes est la garantie d’une influence accrue au sein de son entreprise et, grâce à elle, d’un impact démultiplié sur les enjeux de société qui lui tiennent à coeur. C’est cette même question de la responsabilité et du sens, déployée non plus à l’échelle de l’individu mais de l’organisation, qui rend possible les entreprises libérées (6), par exemple. Se changer soi est ainsi le préalable nécessaire pour changer son entreprise, puis le monde.

(1) Jordan Peterson : 12 Rules for Life (an antidote to chaos), 2018.

(2) Irvin Yalom, Thérapie existentielle, 2008.

(3) citation trouvée chez Romain Cristofini : L’intelligence spirituelle au coeur du leadership, 2019. (le reste du livre est très bien aussi!!)

(4) Christophe Fauré : Maintenant ou jamais! – La transition du milieu de vie, 2011.

(5) Viktor Frankl, Découvrir un sens à sa vie, 1946. (le classique des classiques sur le sujet, sans doute)

(6) Frédéric Laloux, Reinventing Organizations, 2014.

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